10 février, 2012
Planification : quand la météo s’en mêle !
Par Yannis CAMPIONNE - Professeur de sport, DDCS 77
La planification de l’entraînement chez les sportifs qui s’entraînent beaucoup est une évidence. On sait aussi que pour ceux dont les charges de travail sont moins importantes, il paraît incontournable de penser a minima en amont le travail à mener. Pourtant, différents impondérables viennent perturber régulièrement le «prévisionnel ».
Parmi ces impondérables, la météo constitue sans doute l’élément le plus perturbateur pour des sportifs dont l’activité se pratique en extérieur. C’est donc à l’adaptation permanente de la planification face aux contraintes climatiques que nous consacrons cet exposé.
Qu’est-ce que la planification ?
Il s’agit d’une démarche générale qui recouvre différents aspects. On peut la définir comme l’ensemble des tâches intellectuelles destinées à organiser et projeter le travail dans le temps disponible pour l’entraînement.
Cette définition concerne donc les étapes :
- de positionnement des différents échéances du calendrier : dates de compétition ou d’objectifs, périodes particulières pour le sportif (vacances, examens, voyages, stages…),
- de périodisation de la saison : découpage en cycles de travail ou blocs,
- de programmation des contenus : placement et articulation des contenus d’entraînement sur ce calendrier.
Ces phases tiennent nécessairement compte du caractère éphémère de la forme, des temps de récupération nécessaire spécifiques à chaque séance, de la connaissance des phénomènes de surcompensation qui servent de base au progrès, de logiques d’enchaînement et d’articulation des contenus qui en découlent et des contextes particuliers d’entraînement.
Mais au-delà de la réflexion qui conduit à une prévision initiale à long terme, l’entraîneur ne peut faire l’économie d’une régulation permanente pour s’adapter aux réalités de chaque instant…
S’adapter aux contraintes climatiques
« Qu’il pleuve, qu’il vente, on s’entraîne parce qu’on est des mordus ! ». Oui, mais qu’en est-il lorsque les conditions deviennent plus extrêmes ? On peut poser que les véritables contraintes climatiques sont :
- le froid extrême : température inférieure à 0 C°
- la chaleur extrême : température supérieure à 30 C°
- les précipitations extrêmes et notamment les périodes de neige.
Ces conditions particulières ont bien évidemment des conséquences sur les possibilités de séances, soit à cause de problématiques d’entretien de la chaleur corporelle, soit parce qu’elles peuvent devenir accidentogènes.
Illustration
Scénario : Au mois de février, un coureur de trail (course en milieu naturel et accidenté, proche du cross mais sur des formats plus longs) est en milieu de préparation, période de développement. En termes de contraintes, il ne peut s’entraîner que 2 fois dans la semaine (soir) et 2 fois dans le week-end, obligatoirement en extérieur. C’est alors qu’une vague de froid intense (-10°C) est annoncée pour environ 8 jours.
Les 2 semaines concernées étaient initialement planifiées comme suit :
Les jours de températures très basses sont signalés en bleu.
Les problèmes posés par le froid
Une température très basse limite grandement la finesse des sensations, notamment épidermiques et proprioceptives. Ceci est problématique lorsque l’on veut favoriser un travail de placement technique de la course.
Par ailleurs, des contenus tels que la vitesse et le placement (technique de course) nécessitent une disponibilité musculaire énorme ainsi qu’un engagement musculaire total que seul un échauffement poussé et très complet peut garantir. En période de froid, le non respect de ce pré-requis augmente largement le risque de blessure.
Enfin, les contenus qui requièrent des temps longs de récupération complète (reconstitution des substrats énergétiques) accentuent le risque d’un refroidissement musculaire au cours de la séance et ce, malgré le port de vêtements techniques.
Adaptations
Les options simples de placer opportunément une période de repos complet ou de s’entraîner à l’intérieur intégralement sont peu satisfaisantes.
Voici une proposition dans laquelle l’entraînement pourrait être adapté sans en dénaturer le contenu :
Justifications
Vitesse et placement technique : on considère que la température ne permet pas d’envisager le contenu en toute sérénité. On préfère donc placer les impacts avant et après la période de froid. La séance est dans tous les cas suivie de 48 heures de récupération. La séance de vitesse du 2ème dimanche est précédée de 72 heures de repos et prend place en fin d’une semaine allégée (3 séances au lieu de 4) à charge descendante, ce qui favorise la fraîcheur.
Capacité lactique : en séance dédiée, on peut continuer à travailler ce facteur avant la vague de froid. En revanche, le contexte météo oblige à envisager de le programmer dans une séance mixte le 2ème mardi. Cette séance mixte de puissance maximale aérobie intègre des temps d’inactivité / récupération suffisamment faibles pour permettre de solliciter concomitamment la filière lactique dans des proportions efficaces. Elle est suivie de 72 heures de récupération.
Puissance aérobie : l’entraîneur saisit l’opportunité de ce grand froid pour investir un travail aérobie moins sensible aux conditions de température. Il profite donc de la période pour placer en 6 jours 4 séances de puissance aérobie. 1 jour de repos est intercalé entre chaque séance. L’opportunité de cette période de froid permet de positionner en condensé un microcycle de développement aérobie de 6 jours, tout en préservant la qualité des autres contenus, différemment ajustés.
Il est en outre judicieux de basculer vers les heures chaudes de la journée (midi ?) un maximum de séances, y compris aérobies, dès qu’on le peut.
Conclusion
Tout en persévérant dans une démarche de conception d’une trame à long terme de la planification, l’entraîneur doit sans cesse questionner la pertinence de son programme au regard d’un contexte météo variable. Les opportunités d’adaptation ont nombreuses à condition de bien respecter les logiques d’articulation et de récupération des contenus.
Cette attitude adaptative et régulatrice est également justifiée par le grand nombre d’autres impondérables qui peuvent survenir au cours de l’entraînement : absence et problème personnel de l’athlète, douleur soudaine en cours de séance, contre-performance, surentraînement, blessure…


Envoyer à un ami
Ecouter