13 mars, 2007
Le château de Vincennes, entre ville et bois
Le château de Vincennes, un site exceptionnel entre ville et bois, avec son donjon de 52 mètres de haut, le plus élevé d’Europe, réalisé entre 1361 et 1369 par Jean le Bon et surtout son fils Charles V (né à Vincennes en 1338, mort à Nogent en 1380), en pleine guerre de Cent Ans.
Un ouvrage qui a bénéficié de techniques architecturales exceptionnelles. Avec son fossé et son châtelet d’entrée constitué de deux grosses tours d’un étage, ses quatre tourelles séparées par une maçonnerie de quelques mètres, l’édifice a demandé des études très poussées afin de renforcer la colonne centrale et assurer la réfection des parements extérieurs. Six étages porteurs d’une grande richesse iconographique, dont les quatre premiers niveaux sont formés d’une grande pièce carrée, supportée par une colonne centrale qui reçoit les retombées des voûtes portées en périphérie par des consoles sculptées. Au
deuxième étage, la chambre de Charles V, son décor peint, sa cheminée monumentale et son oratoire méritent un arrêt prolongé. À terme, les travaux dirigés par Jean Chapelot, directeur de recherche
au Cnrs, prévoient un musée sur deux étages, tandis que l’ancienne cuisine du rez-de-chaussée sera consacrée à des prisonniers célèbres, Sade, Mirabeau qui y écrivit ses Lettres de cachet, Diderot, le
fameux Latude qui avait l’art de se faire la belle ou des républicains comme Raspail en 1848. Étape suivante, les casemates du XIXe siècle accueilleront d’autres salles du musée en 2009-2010.
Une Sainte-Chapelle flamboyante
Autre remise en beauté d’importance, après le programme de restauration lancé en 1988 et pris en charge par les ministères de la Culture et de la Défense, dont le château abrite le service historique : celui de la Sainte-Chapelle fondée par Charles V sur le modèle de celle du palais de Justice de Paris et achevée sous Henri II (1547 - 1559). Par sa silhouette et son plan, elle est très proche de sa sœur
parisienne, plus grande cependant, et prend une place déterminante dans l’architecture médiévale à un moment crucial de son évolution qui voit l’émergence d’une nouvelle esthétique à laquelle on a donné le nom de flamboyant. La superbe façade de la Sainte-Chapelle, la forme dansante du fenestrage enflammé
par le jeu savant des courbes, l’art du vitrail, le décor sculpté permettent de saisir dans son ampleur et sa richesse la création au temps des Valois. Et pourquoi ne pas poursuivre la promenade le long des
1 100 mètres de murailles, à l’égal d’une petite ville médiévale, dont les fossés étaient alimentés jusqu’à l’époque de Louis XIII par des eaux recueillies au pied du plateau de Fontenay-sous-Bois ?
Éléments postérieurs, les Pavillons du roi et de la reine ont été commandés par Mazarin à l’architecte Louis Le Vau et ils présentent notamment un très beau décor peint, rare témoignage de décor
XVIIe siècle qui nous soit parvenu.
Donjon et Sainte-Chapelle seront ouverts avant l’été. Dès à présent, 2007 sera, selon les vœux de la ville, “l’Année du château”, avec expositions, concerts et animations inédites.
Vincennes, un château dans son écrin de verdure de 995 hectares et 160 000 arbres, et la statue de saint Louis près du lieu où il aurait rendu la justice, à quelques pas de la tour du village précédée de son pont dormant et d’un pont-levis. L’emplacement n’est pas garanti mais l’évocation émouvante.
Éva Lacoste
ValdeMarne n°234 / mars 2007

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