22 avril, 2006

Notice archéologique d'Ivry-sur-Seine

La commune d’Ivry se situe sur la rive gauche de la Seine, aux portes de Paris, elle s’étend sur la plaine et sur les pentes du plateau.

Son étendue a subi le contrecoup de l’expansion parisienne: une première fois en 1819, la limite a reculé du boulevard de l’Hôpital jusqu’au boulevard Vincent Auriol, puis en 1859 aux fortifications un peu au-delà des futurs boulevards extérieurs, et enfin la zone de servitude militaire s’étendant globalement jusqu’à la limite actuelle a été annexée au début du XXe siècle.

Pour environ un tiers de son terroir, son histoire concerne désormais Paris.

Les découvertes anciennes réelles sont peu nombreuses, car nombre d’entre elles sont le plus souvent limitrophes et hors de la commune, ou bien ponctuelles : quelques silex paléolithiques et néolithiques trouvés en ramassages et en carrières, sur les coteaux, à Ivry-Port et au fort d’Ivry, par Laville d’abord, préparateur à l’Ecole des Mines, en début de siècle, et peu après Latapie, préparateur à l’Institut de Paléontologie humaine. Seul Laville a publié laconiquement quelques découvertes.

Une sépulture de l’Age du bronze est trouvée en 1926 à Ivry-Port.

Les fouilles de sauvetage menées par le LDA 94 à partir de 1988 sur le site de Saint-Frambourg ont révélé, près de l’ancienne chapelle, une fosse et du matériel résiduel néolithiques, des enclos et fosses de la fin de l’Age du fer, permettant de supposer l’existence d’un établissement humain remontant à ces périodes.

  • Périodes historiques

Une légende hagiographique situe un passage de la vie de Saint-Frambourg à Ivry au VIe siècle: une fontaine aurait miraculeusement caché le saint, et l’endroit serait bientôt devenu un lieu de culte. Le domaine d’Ivry et ses dépendances serait cité dès 775-795 selon une copie discutable d’un décret de Charlemagne, puis en 829 et 850 lors du partage de la mense épiscopale et sa confirmation royale.

L’existence d’une occupation humaine du Haut Moyen-Age est corroborée par des découvertes archéologiques relativement nombreuses. Des sarcophages d’une nécropole mérovingienne sont mis au jour par des travaux en 1935, sur la pente dominant Saint-Frambourg, un autre est retrouvé au même endroit en 1956, mais ce sont les sauvetages du LDA 94 qui révèlent une dense occupation du site de Saint-Frambourg en 1988, puis sans discontinuer de 1992 à 1994.

Outre les éléments déjà évoqués pour les périodes précédentes, ces fouilles ont révélé, près de l’ancienne chapelle, les arases d’un important bâtiment gallo-romain tardif, à l’Est de la chapelle, portant les traces de deux incendies, des fosses contenant des débris de démolition et un lapidaire épigraphe martelé et christianisé, les soubassements médiévaux de la chapelle Saint-Frambourg elle-même, et une nécropole allant du VIe au XIIIe siècle.

Mais c’est dans toute la zone, y compris celle de la chapelle, que l’on a trouvé un abondant matériel résiduel gallo-romain tardif, des structures périurbaines telles que fosses, silos, drains, fossés, structures de chauffe, datant majoritairement du Haut Moyen-Age, plus rarement du Bas Moyen-Age et dans ce cas ne dépassant pas le XII ou le XIIIe siècle.

Un peu plus au Nord, les caves apparemment médiévales de l’ancienne ferme du Chapitre ont été repérées in situ après démolition de surface, et un sauvetage a touché une autre nécropole médiévale appuyée sur des murs qui pourraient correspondre à l’ancienne chapelle seigneuriale de Notre-Dame-des-Anges.

Une autre opération de sauvetage a exploré une aire d’occupation a priori de la fin du Néolithique ou du début de l’Age du bronze sur les berges au Nord d’Ivry-Port.

Ivry est partagé entre un certain nombre de possesseurs à l’époque médiévale :

  • l’évêque de Paris, malgré les donations de 829 au chapitre, garde des possessions considérables au Xe siècle.

  • l’abbaye de Saint-Magloire possède à Ivry le domaine de Millepas au XIe siècle, une grange fin XIIIe siècle.

  • l’abbaye de Saint-Victor possède une masure avec grange, pressoir, dépendances au XIIIe siècle.

  • le chapitre de Saint-Marcel est patron de la paroisse et d’une chapelle début XIIIe siècle.

  • le chapitre de Notre-Dame possède le domaine d’Ivry après 829 et héritera par la suite d’un certain nombre de biens lors du décès de plusieurs évêques.

  • l’église Saint-Merri possède 6 manses à Ivry au Xe siècle.

  • l’abbaye de Sainte-Geneviève possède un pressoir au XIIIe siècle.

  • Notre-Dame-des-Champs possède le canton ou est bâti en partie l’hôtel seigneurial laïque et sa chapelle, vers Saint-Frambourg.

  • un fief laïque est perceptible au XIIIe siècle et s’étend peu à peu au détriment des fiefs ecclésiastiques.

Le domaine de Millepas est mentionné au XIe siècle comme devant son appellation à la proximité d’un milliaire situé à un mille de la ville. De nombreux habitats et bâtiments d’exploitation sont cités par les actes tout le long du Moyen-Age : manses, maisons, masures, granges, hostises, dépendances, pressoirs, mais il faut attendre 1204-1205 pour voir mentionnée l’existence de l’église paroissiale. Toujours d’après les mêmes documents, il semble que la culture de la vigne soit largement répandue sur le terroir.

Des toponymes sont témoins de la structuration du sol : la voie des Bornes, parallèle à la N 305, la voie du Milieu, la Belle Croix vers la N 305, la rue de Paris et le chemin de Saint-Frambourg.

  • Indices périphériques

Des découvertes ponctuelles d’époque paléolithique sont apparues dans plusieurs carrières des environs, souvent limitrophes de la commune, à Vitry, Kremlin-Bicêtre, Villejuif. La même observation vaut pour la période néolithique, et on peut ajouter le site important trouvé à la gare d’Ivry, actuellement sur Paris, presque en vis-à-vis du site de Bercy sur la rive droite de la Seine, et les découvertes dans la tranchée du chemin de fer d’Orléans, à Paris ou à Ivry.

Si aucune découverte n’a jamais été signalée sous l’actuelle N 305, il n’en est pas de même pour son prolongement parisien sous l’avenue de Choisy où une voie romaine large et bien empierrée est apparue à trois reprises en des places réparties le long de l’avenue, dont une à l’angle du boulevard extérieur. Cette voirie aurait été également aperçue à plusieurs reprises sur le territoire d’Orly, en particulier dans une carrière. Chemin d’Ablon à la fin du XVIe siècle, reportée sur des plans du XVIIe siècle à Choisy et Orly, ses tronçons y apparaissent encore sur les plans topographiques du XIXe siècle, sous le nom de Haut Chemin ou Vieux Chemin. Elle est bordée d’une nécropole antique à Paris, où une borne milliaire était réutilisée en sarcophage, mais également à Choisy et Orly. Il s’agit vraisemblablement d’une route de Melun et Sens, qu’on a voulu à tort voir passer dans le centre d’Ivry.

Cette dernière hypothèse pourrait s’expliquer toutefois par l’existence d’une voie secondaire : en effet des vestiges d’un axe parallèle ont été retrouvés à Paris dans l’axe de la rue Geoffroy-Saint-Hilaire, et la rue du Château des Rentiers est mentionnée début XIXe siècle comme le vieux chemin d’Ivry.

A noter également aux alentours d’Ivry, les domaines cités début IXe siècle, voire VIIIe ou VIIe, dont les formes latines, se reconnaissant encore dans le nom des communes de Choisy, Vitry, Orly, Gentilly, Chevilly, l’Haÿ, pourraient indiquer une possible origine gallo-romaine.

  • Conclusion

La commune d’Ivry présente un riche potentiel archéologique et témoigne vraisemblablement d’une histoire complexe. La légende de Saint-Frambourg pourrait sous-entendre un ancien lieu de culte (concernant une source) christianisé : si l’enclos de La Tène et le bâtiment gallo-romain, malgré la présence d’un bassin, n’en apportent typologiquement aucune réelle certitude, la présence du lapidaire martelé et surchargé d’un chrisme évoque une christianisation délibérée.

La réoccupation de l’espace et des murs des vestiges antiques par une nécropole, dès le VIe siècle, est un phénomène connu par quelques exemples dont la rareté exclut a priori une règle systématique. Les nombreux éléments médiévaux périurbains supposent la présence d’un habitat proche extérieur à l’emprise des opérations de sauvetage, et se situant plus volontiers sur la pente, compte tenu de l’absence de structures au-delà d’une zone étroite bordant le pied du coteau.

Le domaine de Millepas a pu être approximativement situé, la ferme de ce nom étant reportée sur le cadastre de 1812, mais on peut s’interroger sur l’accord entre ce positionnement et le texte du XIe siècle.

Quant aux édifices cités en rapport avec l’exploitation du sol, ils ne sont pas situés et le faible apport des textes par rapport à l’évolution de la propriété ne permet pas de les dénombrer et de les individualiser. Le problème est de savoir si ces implantations correspondent ou non à une dispersion relative de l’habitat, d’autant que le texte du VIIIe siècle mentionne expressément des dépendances à Ivry.

Mars 1995

Découverte sur le site archéologique d’Ivry Parmentier

L’analyse par les archéologues départementaux du vaste site archéologique fouillé autour de la place Parmentier à Ivry-sur-Seine se poursuit à l’heure actuelle par l’étude des céramiques et des vestiges métalliques.  lire la suite »

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