29 janvier, 2010

Sons d’hiver au cœur des enjeux

Du 29 janvier au 20 février, c’est un des grands moments de la vie musicale en France qui s’installe dans le Val-de-Marne. Le festival Sons d’hiver propose une vingtaine de concerts, marqués par les urgences du monde.

“Et si nous inventions un monde où l’art serait une des raisons essentielles de l’échange entre les hommes ?” C’est sur cette invitation que Fabien Barontini, le directeur du festival, a ouvert Sons d’hiver 2010. Invitation moins utopique qu’il n’y paraît, car en dépit de toutes les couleuvres qu’on voudrait en ce début d’année nous faire avaler (concurrence du tous contre tous, fin du service public, marchandisation du bien commun…), des voix se cherchent, résistent et continuent de créer. “La musique est un moyen de percevoir et de penser ce qui nous arrive, dans une société ou le lessivage permanent des médias nous empêche de le comprendre, explique Fabien Barontini. Sons d’hiver s’inscrit à rebours de cette perte de sens, en montrant la force de la création contemporaine, tout en l’inscrivant dans un récit historique commun. Or, l’événement de ces quarante dernières années, c’est la rencontre des musiques populaires et savantes au travers du jazz, des musiques improvisées, du rock et du hip-hop, qui ouvre aujourd’hui un champ artistique incroyable. On a donc au festival, à la fois ce que l’histoire a fait de nous et ce vers quoi on peut aller.” La chanson par laquelle nous entrons dans la ronde des générations est d’ailleurs très présente cette année à l’affiche. Kid Dakota et les Fantastic Merlins rendent hommage à Léonard Cohen ; Maria Laura Baccarini et Régis Huby à Cole Porter ; la Française Sarah Murcia, à la chanson anglo-saxonne des seventies ; le guitariste Jef Lee Johnson embarque Dylan dans la “Great black music”. Par sa dimension historique, sociale, politique, et puissamment actuelle, la musique noire forme toujours le cœur du festival, avec cette année : le retour des saxophonistes Roscoe Mitchell et Ernest Dawkins ; les retrouvailles du World Saxophone quartet et du M’Boom de Max Roach, vingt ans après leur célèbre performance dans la cathédrale d’Harlem ; la venue de Tony Allen, batteur mythique de Fela Kuti ; ou celle des Last Poets, héritiers de la lutte pour les droits civiques et pères spirituels de la nation hip-hop, pour un hommage aux Black Panther avec le groupe de rock Living Colour et le peintre Emory Douglas. Autre temps fort, emblématique de ces espaces de création suscités par Sons d’hiver, le projet Ursus Minor créé en 2003 au festival se poursuit avec le rappeur Boots Riley et une rappeuse au nom shakesperien, Desdamona. Mais l’événement 2010 sera sans aucun doute la version opéra du film culte de Melvin Van Peebles, Sweet Sweetback’s baadasssss Song, avec l’un des meilleurs orchestres new-yorkais, le Burnt Sugar de Greg Tate. En amont de la création, vous aurez l’occasion de dialoguer avec Melvin Van Peebles dans le cadre d’un des Tambours-conférences. Moments privilégiés entre les artistes et le public, ces Tambours-conférences réservent de belles surprises : la projection de Redemption Song, le documentaire sur le retour du violoniste Billy Bang au Vietnam, quarante ans après sa conscription ; l’évocation du grand auteur de polar, Chester Himes, par le romancier et musicien folk James Sallis ; ou encore L’argent est cher d’Yves Robert, suite de son irrésistible opus d’il y a deux ans, avec montage à la Godard, sur les flux financiers à l’heure de la mondialisation. La crise financière étant passé par là, ce grand musicien reprend la question aux dépens d’une candidate aux élections européennes, empêtrée dans ses justifications, interprétée par la cantatrice Élise Caron. C’est drôle, intelligent et limpide sur la manière dont l’art peut s’emparer des questions cruciales d’aujourd’hui. Le concert sera suivi d’un débat avec les musiciens, des responsables politiques et des économistes.

Francine Déverines

Informations pratiques

  • Sons d’hiver, une initiative du Conseil général.
    Concerts jusqu’au 20 février à Arcueil, Choisy-le-Roi, Créteil, Fontenay-sous-bois, Ivry-sur-Seine, Le Kremlin-Bicêtre, Villejuif, Vincennes, Vitry-sur-Seine. y Avec la carte Sons d’hiver (15 euros) : réduction sur tous les concerts.

  • Tambours conférence : Entrée libre sur réservation.

  • Renseignements : 01 46 87 31 31

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