9 janvier, 2012
Rencontre avec Laurent Voulzy : « Le Val-de-Marne, c’est une partie importante de ma vie »
Cela faisait un moment que nous souhaitions rencontrer Laurent Voulzy. Mais, ce Val-de-Marnais n’est pas facile à joindre. Et puis, un samedi matin, il nous a téléphoné. Il nous parle de Lys & Love son nouvel album, mais aussi du Val-de-Marne. Un beau cadeau de Noël…
Pour cet album, vous vous êtes inspiré de Charles d’Orléans et vous nous proposez une balade entre aujourd’hui et le Moyen-Âge. Comment vous est venue cette envie ?
L. V. : Depuis mon enfance, je suis attiré par le Moyen-Âge. Une série d’événements m’a poussé à prendre cette période historique comme fil conducteur de mon album. Elle m’a servi de guide. De plus, je connaissais un peu Charles d’Orléans. Enfant, j’avais appris un de ses poèmes à l’école. Je connaissais sa vie, ses 25 années de captivité en Angleterre. Aujourd’hui, je vis dans ce pays par amour pour ma famille. On peut dire que ses écrits m’ont inspiré.
L’éloignement, la captivité, les rêves et l’amour, tous ces thèmes traversent cet album…
L. V. : L’éloignement est synonyme d’une quête de l’inaccessible. Ce peut être la quête d’un amour difficile à atteindre, comme dans Jeanne, la chanson que m’a écrit Alain Souchon. De même, en écrivant En regardant vers le pays de France, je me suis aperçu que la distance n’empêche pas de penser à un endroit qui vous est cher. La vie est une quête. Le bonheur, comme l’amour sont souvent dans la recherche et la résistance. C’est, sans le vouloir, un des fils conducteur de Lys & Love, car ce disque est avant tout une suite de petits sonnets exprimant mes états d’âme. Ca ressemble à ma vie. Je suis à moitié dans la réalité et à moitié dans le rêve.
Plusieurs titres sont enregistrés dans le château de Vincennes. Pourquoi ?
L. V. : Nous y avons enregistré les chœurs classiques avec Alexander Martin, chef de chœur à l’opéra de Bordeaux. Je cherchais un endroit datant, si possible, du Moyen-Âge et possédant une excellente acoustique. Il fallait que ce soit près de Paris. Nous avons visité la basilique Saint-Denis, l’église Saint-Eustache, puis finalement, on nous a suggéré le donjon du château de Vincennes. J’ai eu le coup de foudre. C’est un endroit absolument idéal au point de vue acoustique et architectural. Mais le plus curieux, c’est que nous avons enregistré en octobre dans une pièce au-dessus de la chambre de Charles V. Or Charles V était le grand-père de Charles d’Orléans. Ainsi, plus de deux ans après avoir eu l’idée de travailler autour de Charles d’Orléans, nous nous sommes retrouvés à enregistrer au-dessus de la chambre de son aïeul ! C’était vraiment émouvant.
Pour Ma seule amour, titre inspiré de cet auteur, Roger Daltrey, chanteur mythique des Who vous accompagne. Comment s’est passée cette collaboration ?
L. V. : À ce poème, j’ai rajouté un aparté en anglais. Il dit : « Tu ne sortiras jamais de cet endroit, mais continue d’écrire tes poèmes si tu veux joindre ton amour. » Pour cela, j’ai demandé à Roger Daltrey, de bien vouloir m’accompagner. Nous nous connaissons depuis de nombreuses années et nous avions envie de faire quelque chose ensemble depuis longtemps. Il revenait d’une tournée aux Etats-Unis et je lui ai d’abord fait écouter la chanson. Ensuite, il m’a rappelé en me disant avoir beaucoup aimé la mélodie et l’histoire. Le lendemain, on enregistrait.
Le titre La 9e croisade met en valeur un poème d’Abu Firas, né en Irak et mort à Homs en Syrie au 10e siècle. N’y a t-il pas une résonance avec les événements dans ces pays ?
L. V. : C’est vrai, mais c’est totalement dû au hasard. À l’origine, je souhaitais pour ce titre une litanie en arabe. Cette litanie, associée avec des chœurs baroques, correspond à la réunion de l’Orient et de l’Occident. J’ai tout de suite eu envie de l’appeler La 9e croisade. Dans l’histoire, il y a eu huit croisades qui furent des guerres épouvantables. La 9e devait être, pour moi, celle de l’harmonie entre les cultures. Il me fallait un texte en arabe et c’est là que j’ai découvert Abu Firas, prince guerrier du Xe siècle. Alors qu’à cette époque, la guerre était considérée comme un art, lui mettait l’amour au-dessus de tout. C’est très beau. À l’origine, je n’ai pas voulu faire un message sur la paix, mais à partir du moment où ces chœurs et cette litanie se sont installés, le message était devenu évident.
Depuis Rockollection, beaucoup de vos chansons évoquent le Val-de-Marne. Est-ce une source d’inspiration ?
L. V. : Le Val-de-Marne, c’est une partie importante de ma vie. J’y ai débuté ma vie musicale. C’est à Nogent que j’ai commencé à jouer de la guitare. Je suis allé au lycée Adolphe-Chérioux, à Vitry. J’y étais interne et je jouais de la guitare avec les pions. Ma première scène, c’était dans ce département tout comme mon premier autographe [rires]. Mes premières émotions musicales, tous mes souvenirs d’adolescent se sont passés là. Ce sont des souvenirs indélébiles qui comptent beaucoup pour moi. Une partie de ma famille y habite encore et mon studio d’enregistrement est à Joinville. Nogent, Cachan, Vitry, Joinville, Fontenay… tous ces lieux m’ont marqué. Et puis, j’aime infiniment l’eau et la mer. J’aime beaucoup la Marne. « Au bord de l’eau », mon studio d’enregistrement, est installé sur ses rives. Vous êtes un artiste relativement discret. Cependant, vous n’hésitez pas à vous engager pour des causes qui vous tiennent à cœur.
L. V. : J’accompagne depuis plus de vingt ans ATD Quart-Monde. C’est un très beau mouvement créé par le père Joseph Wresinski. Ce sont des gens formidables qui luttent contre la misère et la pauvreté. C’est cette association qui a créé la Journée mondiale contre la misère, le 17 octobre. Elle a pris maintenant un envol international et c’est là que je milite. Mais, quand on me demande d’être présent pour d’autres causes, je le fais. Ainsi, je suis parrain de « Aïna Enfance & Avenir », une association créée par deux femmes. Elles se battent pour aider et recueillir des enfants démunis à Madagascar. Ce qu’elles font est magnifique et cela me touche énormément.
Mais, vous savez, il n’y a pas grand-chose à dire sur mes engagements, sauf que cela me paraît naturel d’utiliser ma notoriété pour aller défendre une cause que j’estime juste. Je n’ai pas tellement de mérite à le faire, par contre, j’y rencontre des gens qui, eux, ont énormément de mérite à s’engager ainsi. C’est très enrichissant.
En ce début d’année, quels sont vos vœux pour les Val-de-Marnais ?
L.V. : Comme je vous l’ai dit, je suis attaché au Val-de-Marne. C’est un beau département qui allie la proximité de Paris à une certaine qualité de vie. Je souhaite donc que cet aspect soit préservé. Ce département doit continuer d’aller dans le sens du bonheur des gens qui y habitent. Quand je vois tous les gens qui se promènent sur les bords de Marne le week-end, je pense qu’il faut protéger tous ces endroits privilégiés. Je souhaite aussi que le département poursuive ses efforts afin que tout le monde soit heureux et que les organismes qui aident les gens en détresse se développent. On a toujours envie que l’endroit où l’on habite devienne un endroit pilote, il faut avoir cette ambition.
Propos recueillis par Alain Jégou
ValdeMarne / Numéro 286 / Janvier 2012


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