22 avril, 2006
Notice archéologique de Créteil
La commune de Créteil se situe entre Marne et Seine, son terroir étant constitué en majeure partie de la plaine alluviale de celle-ci, bordé au Nord-Est par une crête dominant la Marne, et culminant au Mont-Mesly.
- Préhistoire et protohistoire
Les indices sont relativement rares pour la période paléolithique : plusieurs silex furent trouvés en début de siècle, sur la crête, certains au Nord, dans les carrières (dont deux publiés par Laville), un autre au Sud, dans une propriété particulière, en 1887.
Ils deviennent plus conséquents à la période néolithique et se situent également en zone haute: un polissoir de plus de deux tonnes a été repéré en début de siècle dans un jardin à peu de distance du centre de Créteil (il a été déplacé depuis) et deux haches, dont une en place avec de la céramique, trouvées à la même période au Sud, vers le Mont-Mesly : il semble que diverses haches, actuellement dans des collections privées, aient été découvertes dans les environs. Quant aux blocs de grès au sommet du Mont-Mesly, bien que leur présence soit explicite sur le plan géologique, il est possible qu’ils aient été utilisés dès cette époque dans un but cultuel.
Des dragages en Seine, sans doute deuxième moitié XIXe siècle, ont ramené des armes de bronze, actuellement au British Museum.
- Périodes historiques
l’Antiquité
Certains toponymes semblent en relation avec des vestiges antiques : le Coteau des Sarrazins, le Trou au Dieu, tous deux à Mesly, le Mur aux Païens, non situé.
C. Jullian a considéré Mesly comme un domaine gallo-romain, dont le démembrement aurait permis l’émergence de la future paroisse de Créteil : ce n’est toutefois qu’une hypothèse car cette époque n’a apparemment laissé que peu de traces.
Néanmoins, des débris antiques auraient été aperçus lors de travaux dans l’église en 1857, et des sarcophages de type romain auraient aussi été trouvés dans le cimetière de l’église au XVIIe siècle. Un trésor monétaire, dont seules deux monnaies du IIIe siècle ont pu être récupérées, a disparu dès sa découverte en 1973. Enfin, la fouille récente d’un îlot proche de l’église a révélé du matériel résiduel, dont trois monnaies entre les jambes d’un squelette.
le Moyen-Age
Au IXe siècle Créteil est cité pour la première fois, en tant que vicus, dans le martyrologe d’Usuard qui y situe le martyre des saints Agoard et Aglibert ainsi que de nombreuses personnes, la présence des ossements à Saint-Christophe étant certifiée dans une charte de donation de 900 par Charles le simple, et une vie des saints rédigée au Xe siècle.
Bien que cette légende soit un montage incohérent sur le plan historique, on y voit la trace d’un fait historique situé entre Ve et début du IXe siècle.
Le Haut Moyen-Age est perçu à travers les sarcophages d’une nécropole dont des vestiges ont été exhumés à maintes reprises depuis le XIXe siècle jusqu’à ces toutes dernières années, dans un vaste périmètre s’étendant à l’Est de l’église. Deux monnaies mérovingiennes ont été trouvées dans des circonstances indéterminées avant 1876, portant la mention du port de Créteil, et y attestant apparemment la présence d’un atelier monétaire de cette période.
L’acte de 900 confirme une donation par le comte de Paris, à l’église de Créteil, de quinze manses à la villa de Créteil, avec eaux et décours d’eau, ce qui semble se rapporter à la Marne et au bras du Chapitre, la référence à Saint-Christophe signifiant qu’au moins un édifice cultuel du Haut Moyen-Age a précédé l’église actuelle. Puis en 980 et 982, l’évêque de Paris donne au chapitre Créteil et son église.
En 1030, c’est la première mention du port de Créteil, en 1150 celle du fief du Mèche appartenant à la collégiale de Saint-Germain-l’Auxerrois, en 1178 puis 1182 celle du fief de Mesly appartenant tout ou partie à l’abbaye de Saint-Maur-des-Fossés.
Le Bas Moyen-Age est perçu à travers un vestige ponctuel en élévation, le colombier du XIVe siècle d’une seigneurie laïque, déplacé en 1971-72 pour la création d’une résidence, et restauré à cette occasion. Des caves ont été repérées avant démolition de l’îlot près de l’église, déjà cité, et les fouilles ont révélé des murs médiévaux en même temps qu’une zone d’inhumation. Le clocher de l’église semble dater du XIe siècle, l’église elle-même et sa crypte du XIIIe siècle : celle-ci contient encore les ossements en châsses et sarcophage considérés comme ceux des saints cristoliens et de leurs compagnons.
Le XIVe siècle voit l’apparition de la Chapelle des Mèches, lieu de procession, en particulier pour Ivry, et des fiefs secondaires laïcs des Champs, de la Queue, de Pontault, de l’Ormoie, de Passy ou Longueil, chapelle et fiefs s’étendant au Sud-Ouest vers la plaine. A la même époque, Créteil est première halte du chemin des pèlerins de Saint-Jacques qui y visitent la Crypte de l’église puis la chapelle.
D’après la tentative de reconstitution du village médiéval par M. Jurgens, celui-ci semble s’être tout d’abord aligné sur le chemin de Brie au Sud-Est de l’église, puis étendu par la suite au Nord-Est, dans le fief capitulaire contenant la prévôté, et finalement au Sud-Ouest, dès lors sous la forme d’une étoile à cinq branches suivant les principaux chemins. Il est entouré d’un mur de clôture plutôt que d’un véritable rempart.
L’ancien Chemin de Brie, attesté au Bas Moyen-Age, mais certainement plus ancien, a été remplacé au XVIIe siècle par une route royale plus rectiligne : disparu au Nord de Créteil, il survit au Sud dans la rue du même nom. La chapelle des Mèches n’a disparu que vers 1910.
- Indices périphériques
Des vestiges paléolithiques et néolithiques ont été découverts à Maisons-Alfort, des vestiges néolithiques à Saint-Maur, Maisons-Alfort, Choisy-le-Roi et Villeneuve-Saint-Georges, sur la rive droite de la Seine.
Le passage de la Marne à Saint-Maurice étant un point majeur de confluence routière, au moins dès le VIIe siècle, et sans doute bien antérieurement, le terroir de Créteil situé entre Marne et Seine est un lieu de passage obligé pour toute voirie venant du Sud et de l’Est dans l’angle des deux fleuves.
Il semble qu’un tumulus gallo-romain ait bordé à Maisons-Alfort une voierie qui s’interrompt à Créteil sur la rue du Mèche. Au Sud, c’est une voirie vraisemblablement antique, ancienne limite entre Limeil et Valenton, la “Ruelle de Paris”, bordée d’une nécropole gauloise, gallo-romaine et mérovingienne au Nord de ces deux villages, qui débouche sur Créteil par la rue de Mesly : toutefois les inflexions de celle-ci plaident pour une dérivation vers l’Est et l’abandon du tracé ancien.
A Valenton, les fermes de la Tour et de l’Hôpital, antérieurement comprises dans le terroir de Créteil, ont une origine médiévale et bordent un ancien chemin de Paris, vraisemblablement de même époque.
Un ancien chemin de Villeneuve-Saint-Georges longe la Seine à partir d’Alfortville.
Quant à l’ancien chemin de Brie descendu de Maisons, il passe par Bonneuil, où une villa royale est attestée pendant tout le Haut Moyen-Age, puis diverge vraisemblablement vers la Champagne, la Brie, la Bourgogne.
Si Maisons est attesté assez tardivement vers la fin du Haut Moyen-Age, par contre Valenton, toponyme antique, et Boissy sont attestés comme Bonneuil dès l’époque mérovingienne.
- Conclusion
Le potentiel archéologique de Créteil est très important. Il est probable qu’il y ait eu occupation néolithique aux alentours du Mont-Mesly : il reste à savoir si les blocs du sommet, d’origine a priori géologique, ont pu être utilisés comme mégalithes.
Pour l’Antiquité, on perçoit deux points focaux, tous deux en hauteur : d’une part des vestiges gallo-romains sous l’église Saint-Christophe, en admettant qu’il ne s’agisse pas plutôt d’éléments du Haut Moyen-Age, souvent semblables et de ce fait confondus ; d’autre part des toponymes évoquent une présence antique à Mesly. L’hypothèse d’une origine antique à Notre-Dame-des-Mèches est peu vraisemblable dans l’état actuel des connaissances. Le tracé de la voierie, supposée antique, venant de Valenton, reste inconnu.
Documents archéologiques et historiques attestent un vicus au Haut Moyen-Age, peut-être d’origine antique, bourg routier ou commercial. Les fouilles récentes ont révélé un tassement au Sud de la nécropole du Bas Moyen-Age par rapport à celle du Haut Moyen-Age qui occupe également la zone récemment explorée : ces sépultures sont néanmoins bien au-delà de la limite du cimetière d’époque moderne. Structure et chronologie des voies urbaines et rurales restent impossibles à établir avec exactitude dès que l’on remonte au-delà du Bas Moyen-Age.
Mars 1995
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