22 avril, 2006
Notice archéologique de Charenton-le-Pont
La commune de Charenton dans son extension actuelle, datant de 1930, se situe sur la rive droite de la Marne, à hauteur de son confluent avec la Seine, aux portes de Paris.
Son passé est difficile à cerner pour plusieurs raisons : tout d’abord, son histoire se confond longtemps avec celle de Saint-Maurice, commune dont elle s’est tardivement séparée; ensuite, l’étendue de son territoire a été oblitérée par l’extension de Paris ainsi que par celle du bois de Vincennes; enfin, son habitat est historiquement constitué de quatre groupements humains distincts, le Bourg du Pont de Charenton, à l’origine de l’actuelle commune, les villages de Conflans et de Bercy, le hameau de Carrières.
- Préhistoire et protohistoire
Nous sommes à l’heure actuelle mals renseignés sur ces périodes dans les limites de la commune. La majeure partie des indices se résume en effet à des découvertes mobilières fortuites issues d’anciens dragages et d’aménagements de berges, vers la fin du XIXe siècle, lesquelles furent épisodiquement surveillés par Leguay, l’un des premiers archéologues ayant oeuvré dans le Val-de-Marne : ces objets hors contexte, armes, outils, monnaies, couvrent des périodes s’inscrivant dans un éventail plus large que celles qui nous préoccupent ici, comprenant en effet Paléolithique, Néolithique, Age du Bronze, Age du Fer mais aussi Antiquité. Dispersés dès la découverte dans les collections privées et souvent perdus par la suite, un certain nombre d’entre eux sont parvenus dans divers musées de Paris, de province, voire même de l’étranger.
- Périodes historiques
Les indices historiques sont relativement nombreux et importants.
La paroisse de Conflans n’est mentionnée qu’à la fin du XIème siècle, mais le nom, issu du latin “confluentes”, certainement dû à la proximité du confluent de la Seine et de la Marne, indique une origine antique potentielle, d’autant que la titulature de l’église, Saint-Pierre, est vraisemblablement ancienne. Une léproserie, mentionnée au XIVe siècle, est rattachée au village, lui-même appartenant à un fief royal de ce nom, dont le château est mentionné à la fin du XIIIe siècle. C’est aussi à Conflans que sont installées les écuries royales, sans doute vers le XIII ou XIVe siècle. L’habitat périclite à l’époque moderne, peu à peu absorbé par le château, l’église est détruite vers le milieu du XIXe siècle.
Le toponyme de Charenton, apparemment d’origine pré-romaine, a d’abord désigné, non pas un habitat, mais un lieu et, dès le VIe ou le VIIe siècle, le pont, point de passage important vers Paris, en extension sur la rive droite, regroupant des axes routiers répartis entre le sud et l’est, d’intérêt à la fois militaire, mais aussi financier puisque lieu de péage avant 888: on devrait d’ailleurs dire les ponts puisque dix-huit constructions se succédèrent, sans doute avec de faibles variantes d’emplacement.
Le bourg attenant n’est attesté qu’à partir du Moyen-Age, ce qui n’exclut pas une existence antérieure. Une résidence fortifiée y est édifiée près du pont par le roi en 1301, le bourg étant lui-même fortifié, au moins au Bas Moyen-Age : la Porte Haute ou de Paris, enjambant la rue du même nom, n’a été démolie qu’en 1751. Sur le plan archéologique, des caves médiévales auraient été identifiées ponctuellement lors de fouilles de sauvetages dans la rue de Paris en 1972.
Bercy n’est mentionné qu’au début du XIIe siècle, et l’origine de son nom n’est pas connue: un fief et un manoir, apparemment fortifié, y sont attestés au cours du XIVème siècle, mais une partie de son territoire appartient désormais au domaine parisien. Quant au hameau de Carrières, en bordure de la Marne, il tire son nom de l’extraction de la pierre, attestée dès le XIIIe siècle.
Tous les manoirs médiévaux ont disparu, remplacés par des résidences au cours de l’époque moderne.
Plusieurs voiries anciennes ont pu relier Charenton à Paris: le tracé de l’ancienne Grande Rue est partiellement conservé dans la rue de Paris, d’origine sans doute médiévale.
Enfin, il semble que la rive de la Marne ait été tôt et longtemps utilisée à l’installation de moulins: une villa appelée “trois moulins” peu avant 811 voisine avec le pont de Charenton et Fontenay, et certains moulins ont fonctionné jusqu’à l’aube du XXe siècle. Si la plupart appartiennent à Saint-Maurice, ceux du Martinet et de Quiquengrogne sont positionnés sur le territoire de Charenton.
- Indices périphériques
Les indices d’époque néolithique se trouvent corroborés par la proximité immédiate du site exploré récemment à Paris à l’emplacement des entrepôts de Bercy.
Un axe d’origine potentiellement antique a pu passer la Marne à Saint-Maurice et donc traverser Charenton, car son tracé se perpétue à Paris dans la rue de Picpus et la rue Saint-Maur: ce serait le chemin des Blanchisseuses, disparu lors des aménagements successifs du Bois de Vincennes. Cet axe a sans doute relié les abbatiales de Saint- Maur et Saint-Denis, peut-être dès le Haut Moyen-Age. Cette hypothèse se renforce des découvertes ponctuelles sur Saint-Maurice, à savoir des sarcophages, probablement du Haut Moyen-Age, mais aussi des vestiges d’occupation antique. Les confluents ont été souvent magnifiés dans l’antiquité, et celui d’Alfortville a présenté apparemment jusque dans le cours du XVIe siècle une colonne monumentale antique, dans les environs de laquelle un trésor monétaire a été découvert à cette même période.
Une autre incidence joue à partir du XIIIe siècle: le développement de la résidence royale de Vincennes qui entraîne de nouvelles installations dans les alentours, entre autre à Charenton dont le pont constitue un des verrous de Paris.
- Conclusion
La commune de Charenton possède un patrimoine archéologique potentiellement très riche mais souvent mal positionné dans l’espace. Les découvertes issues des dragages du XIXe siècle, non situées, ne peuvent pas être prises en compte de manière systématique. La paroisse de Bercy a disparu avant le XVIIIe siècle devant l’extension du château et est donc impossible à positionner entre Paris et Charenton. Le périmètre de l’ancien village est approximatif, lié au passage du pont reconstruit dix-huit fois et qui a donc pu varier d’emplacement.
Cependant, les localisations de Conflans et de la léproserie semblent pouvoir être restituées : elles seraient actuellement occupées par des bâtiments collectifs ou de service. En ce qui concerne les rives, les aménagements contemporains se superposent aux importantes variations perceptibles à l’échelle historique suscitées par le passage d’un fleuve, tant sur la variation de son tracé que sur l’alluvionnement et le diluvionnement des terres adjacentes.
Septembre 1994
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