Découverte de la peste par l’ADN dans le cimetière protestant de Saint-Maurice
6 mai, 2008
Thèmes
Découverte de la peste par l’ADN dans le cimetière protestant de Saint-Maurice
(1606-1685)
Les ossements humains ou animaux que l’on retrouve dans les sites archéologiques portent les traces d’une activité fonctionnelle (effort physique, corps de métier déséquilibrant la posture et déformant la colonne vertébrale, mauvaise attitude posturale du corps, dysfonction de la locomotion, port de charge chez les bêtes de somme et animaux de traction …) ou d’une maladie dégénérative, infectieuse, ou bien encore la présence de fractures, de blessures et autres entorses. La paléopathologie qui étudie toutes ces affections sur des populations anciennes d’après leurs restes osseux et la paléoépidémiologie qui retrace les grandes épidémies du passé se rejoignent parfois quand les traces laissées sur les os fond défaut.
En effet, certaines maladies ne laissent aucun symptôme significatif sur l’os et à l’examen du squelette, l’absence de lésions ou de séquelles traumatiques conclut à une mort naturelle, à tout le moins à une crise cardiaque ou à toute autre maladie interne, qui de toute façon fausse le diagnostic fait par le paléopathologiste ou le paléoanthropologue. La peste est de celles-là. Le recours ultime à un diagnostic probant de la peste est une analyse microbiologique à partir de l’ADN.
Les textes anciens décrivent 3 pandémies depuis le IVème siècle. La première dure 220 ans et touche l’Afrique, le Moyen Orient et la Méditerranée, la deuxième « la peste noire » apparaît bien plus tard en 1347 et s’installe jusqu’au XVIIIème siècle dans toute l’Europe, l’Asie et l’Afrique, à l’exception du continent américain. La troisième est mondiale, elle part de Hong kong en 1894, la ville où Alexandre Yersin isola pour la première fois le bacille pesteux qui porte son nom (Yersinia pestis). Dans ce contexte, Paris intra muros est touché par la peste une dizaine de fois depuis le XIVème siècle selon une périodicité qui ne trouve pas encore d’explication. Elle commence en 1348 et dure deux ans, elle réapparaît de 1360 à 1363, de 1366 à 1369, en 1374, de 1379 à 1380, en 1382, de 1399 à 1401, en 1531, en 1619 puis au cours du XVIIIème siècle.
En 2005, grâce à une convention de collaboration entre l’Institut National de Recherches Archéologiques Préventives et le Laboratoire d’Archéologie du Val de Marne, une fouille archéologique de sauvetage de mai à juillet a mis en évidence à Saint-Maurice, précisément à l’emplacement des serres de l’hôpital Esquirol, la présence d’une nécropole protestante du XVII ème siècle ainsi que les vestiges du plus important temple de la communauté huguenote dans le royaume de France. Ce dernier fut incendié en 1621 lors d’une émeute catholique. Il est reconstruit en 1623 et détruit définitivement lors de la révocation de l’Edit de Nantes en 1686.
Le protocole qui fut mis en place lors de la fouille des sépultures est une protection plus ou moins complète du fouilleur (gants, masques, cheveux protégés) contre toute contamination biomoléculaire des squelettes analysés. D’emblée nous avons remarqué lors de la fouille un pourcentage élevé de squelettes d’enfants et d’adolescents atteints de rachitisme. C’est l’équipe de la faculté de médecine de Marseille dirigée par le professeur Drancourt qui s’est chargé de l’analyse microbiologique. La méthode d’extraction d’ADN microbien à partir de résidus de pulpe dentaire se fait sur les incisives, les canines ou les prémolaires. Parmi les 6 individus pris au hasard dans des sépultures et dans des fosses du cimetière, 4 ont livré des résultats positifs de la présence du bacille pesteux. Les gènes spécifiques de la bactérie, responsable de la peste Yercinia pestis ont été reconnus à 100% sur 3 individus et à 76 % sur un individu. Ainsi pour la première fois, le diagnostic de peste est donné avec certitude sur une population du Sud Est de Paris et plus précisément dans la ville de Saint-Maurice au XVIIème siècle, sur des bases biomoléculaires (ADN).
Le corpus des maladies anciennes dans le département du Val de Marne, recensé d’après les études cliniques et radiographiques sur les ossements est loin d’avoir dévoilé tous ses secrets. On peut cependant noter parmi les maladies épidémiques déterminées, la présence de la tuberculose, de la syphilis ainsi que diverses ostéites microbiennes et virales.
Djillali Hadjouis
Archéologue départemental











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